Nous sommes tous des crapauds fous: représentativité et confiance.

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posée par Matticus Tétard dingue (14 points) 06-Janvier-2018 dans cercle-démocratie
recatégorisées par Flo.Cuvellier 26-Juin-2018

Un message clair transmis par les crapauds fous est que nous pouvons tous faire crapauds fous. Parce qu’au fond nous sommes TOUS des crapauds fous. L’humain est si divers, composé de tellement de facettes, de traits, que nous avons tous une facette crapauds fous, nous avons tous des caractéristiques « ordinaires » et d’autres « extra-ordinaires », à une extrémité ou une autre de la gaussienne de ce trait. C’est en puisant dans nos différences, dans le meilleur de nous, que nous trouvons de belles solutions originales.

Deux constats importants évoqués dans le manifeste : neuf millions d’entre nous vivent sous le seuil de pauvreté et notre confiance dans nos politiques est au plus bas. Une part de ce manque de confiance vient peut-être du  fait que beaucoup d’entre nous ne nous reconnaissons plus en nos politiques ? Ceux d’entre nous qui sont au « pouvoir » peuvent sembler à un autre niveau, dans une autre dimension, on se sent déconnecté des décisions et on sent nos politiques déconnectés de la « vie réelle ».

Peut-être des pistes de réflexion. Il est peut être important d’être représentatif de la population pour avoir sa confiance, par ici entendre compréhension mutuelle et facilité des échanges. Sommes-nous, crapauds fous confirmés, crapauds fous en éveil, représentatifs des crapauds fous qui s’ignorent encore ? Combien parmi nous crions silencieusement sous le seuil de pauvreté ? Etre représentatif de la population évite de tomber dans un « optimum local », de prendre des initiatives qui nous semblent les meilleures mais qui ne sont en réalité pas les meilleures à l’échelle de l’ensemble de la population. (Après mieux vaut parfois aboutir vite à un optimum local que prendre un temps considérable à tâtonner autour de la meilleure solution. Pour cela les cohortes sont très utiles, elles peuvent échanger rapidement puis proposer, échanger avec d’autres cohortes et voir si nous avons convergés vers la même solution ou des solutions différentes. L’intérêt de telles dynamiques, de connectivité partielle entre groupes, a par exemple été suggéré pour le developpement culturel et technologique par une étude (http://www.pnas.org/content/113/11/2982.full )). Il est peut être important d’inclure au plus tôt les cris silencieux parmi les crapauds fous. C’est peut-être déjà le cas? Ce n’est certainement pas chose aisée. D’abord ils doivent être informés de l’existence des crapauds fous. Notre médiatisation n’en est certainement qu’aux balbutiements. L’achat d’un livre est un investissement (acheter un livre ou dix repas à la cantine pour mes enfants ?). Ne posons pas notre manifeste mais tendons le aux prochains crapauds fous ?  Une fois l’information transmise libre à chacun de nous joindre ou pas. Se reconnaitre en nous facilite certainement d’adhésion.

Autre piste de réflexion, déjà mentionnée dans le manifeste mais pour aller peut être encore un peu plus loin. Cette déconnexion, ce sentiment de vivre dans différentes dimensions est peut être en partie provoqué par l’abondance du champ lexical hiérarchique dans nos interactions humaines ? La tête de l’Etat, les dirigeants, les chefs, travailler pour telle ou telle personne, top down et bottom up… Ne sommes-nous pas en réalité en dessous ou au-dessus de personne ? Ne travaillons nous pas plutôt à la fois pour soi et pour tous ? Les relations ne sont-elles pas plutôt horizontales? centrifuges et centripètes? Les dirigeants ne sont-ils pas plutôt des portes paroles ? Au cœur de la mêlée et non pas au-dessus de la mêlée ?  Nous avons chacun notre expertise et chaque maillon est essentiel. Nous sommes tous d’accord à ce sujet, peu de doute là-dessus, mais les mots jouent peut être parfois contre nous et notre inconscient.

Pas sûr de « voler bien haut », juste un besoin d’échange :-)

Les crapauds fous sont pluriels (on ne dit pas un crapal ;) ).

2 Réponses

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répondu par eric Batracien fou (256 points) 06-Janvier-2018
Hello Matticus,

oui nous sommes tous des crapauds fous et le concept que tu décris est important: il n'y a pas une élite d'atypiques surdoués (style les mutants sauveurs du monde...) qui s'auto-proclament crapauds fous. Il y a juste plein de gens qui ont envie d'un monde meilleur, d'une économie plus sociale et de plus de solidarité et qui ont envie d'en parler et d'imaginer des solutions avec d'autres personnes. Ensemble on va plus loin...

Nous sommes tous des têtards, nous démarrons, et notre route déterminera nos actions. Les personnes oubliées et défavorisées doivent être partie prenante. Que leur offrir? Comment les informer, les aider? Je crois comme toi que c'est avant tout un travail de terrain, local mais je crois aussi qu'on doit essayer de trouver des moyens de les aider à sortir de la précarité, par exemple ne fut ce que les mettre en contact avec les bonnes personnes aux bons endroits... On doit travailler concrètement là dessus.

Les relations humaines devraient être horizontales mais ne le sont pas. Individuellement nous ne rêvons que d'horizontalité, d'égalité et de justice mais en groupe nous ne faisons que hurler avec les loups dès qu'un tribun pervers nous propose des coupables à condamner. Plus que la raison, l'appartenance à un groupe dicte nos actions... Bref: s'éduquer et se remettre en question jour après jour semblent les seuls remèdes, et le faire au coeur de la mêlée comme tu le dis est essentiel

Bon, il me semble qu'on vole à la bonne altitude, pas toi?
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répondu par OChapelle Crapaud déjanté (166 points) 09-Janvier-2018
Difficile de ne pas être d'accord, en effet. J'ajouterai juste que le poids de l'histoire - collective et individuelle - y est pour beaucoup. La société s'est structurée verticalement depuis longtemps et l'approche de l'enseignement a été pour la plupart d'entre nous très top-down. Le changement de paradigme vers l'horizontalité de la prise de décision/la responsabilité/la solidarité est en soi une révolution des consciences, sinon politique.

De fait, cette horizontalité que tu appelles de tes voeux existe cependant déjà, mais à l'échelle humaine, comme disait Léon Blum. Disons à une échelle où la délégation de pouvoir (et de la responsabilité qui va avec) n'est pas nécessaire, Donc au niveau local. Perso, c'est ce terreau local que je cherche à creuser, avant tout. L'univers, ce sera pour plus tard.
commentée par AdriendeNilvange Tétard déjanté (25 points) 16-Janvier-2018
Au risque de faire un raisonnement de comptoir, derrière une délégation de pouvoir il y a une mission et donc des tâches à accomplir. Si le commanditaire confit cette tâche à un tiers et que ce tiers l'accepte c'est qu'il y a une relation de confiance. Cette confiance peut naître d'un intérêt commun ou d'une convergence d'intérêts individuels. Donc une délégation de pouvoir témoigne d'une certaines horizontalité quelque soit l'échelle.
La verticalité des relations, à toute les échelles, même la plus locale, est plutôt le résultat de la combinaison de deux dynamique, la compétition entre les individus et la nécessité de travailler ensemble.
commentée par OChapelle Crapaud déjanté (166 points) 16-Janvier-2018
Adrien, quelques remarques en réponse. Si la démocratie et la délégation  de pouvoir étaient toujours basées sur la confiance, on aurait 100% de taux de participation. On en est loin. Aujourd'hui en France, on peut être élu avec 25% des inscrits, à peine. Donc la notion même d'intérêt commun se dissout, malheureusement.
Ensuite si la délégation est peer-to-peer, d'un individu à un autre, alors tu as raison, on  est dans l'horizontal. "Tu peux me prendre une baguette à la boulangerie" ne suppose que peu de transfert de pouvoir et de responsabilité. Quoi que. Mais quand on organise une délégation collective, dont je ne nie pas le besoin, on crée une hiérarchie, celle du nombre : je pèse tant de voix, je représente plus que la somme de ceux qui m'ont amené là. C'est la magie d'un système et ses limites.
Enfin, telle que je la comprends, ta dernière phrase semble faire de la verticalité une donnée inéluctable de la vie biologique. Et ça, j'ai bien envie de le remettre en question. D'abord parce que "la compétition", le struggle for life, n'est pas la règle de la vie, contrairement à ce que peut amener à penser une forme non-digérée du darwinisme. Ce qui prévaut sur le combat et la compète, dans le monde vivant, c'est la collaboration, pas l'affrontement. De l'amibe aux oies sauvages en passant par les fourmis et les marmottes, la vie sociale naît de l'entraide avant de se heurter au meilleur gagne. Tout ça pour dire que la verticalité est seconde, parfois utile - mais encore faut-il la placer au juste niveau - mais pas plus naturel que n'importe quel autre système relationnel. Parfois, il me semble qu'une bonne soirée de palabres est plus efficace pour prendre une décision qu'une oukase isolé d'un chef, même s'il l'assume, parce que je m'en laverais les mains et le reste des concernés aussi. Et donc je délègue une responsabilité qui au fond aurait dû rester mienne.
Ma conviction, très kantienne  : ce qui fait de moi un individu libre, c'est ce que j'assume de ma responsabilité sur le monde. D'où mon travail local pour faire en sorte qu'un maximum d'exclus - a priori - se sentent impliqués dans des projets peut-être accessoires, mais qui rendent de la dignité à chacun.

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